75e anniversaire de la chute d’un avion au lieu-dit Mars-au-Frêne à Hamois

DSC_0106.jpgLa foule et la météo étaient bien présentes autour du lieu-dit Mars-au-Frêne, à la sortie du village de Hamois en direction de Havelange à l’occasion d’une cérémonie d'inauguration du monument aux aviateurs anglo-canadiens tués au combat en 1942, récemment rénové, et du panneau historique explicatif.

DSC_0078.jpgPour l’occasion, une déviation de la route régionale avait été instaurée. Parmi les nombreuses personnalités présentes, outre les autorités communales de Hamois et du bourgmestre de Ciney, Tim et Nick Carr, Angela et Gilian Shoebridge, enfants de deux des aviateurs. Avant la partie académique, le groupe de reconstitution de la Seconde Guerre mondiale, armée secrète, soldats anglais, canadiens et américains avec leurs véhicules, sous la conduite de Pascal Janssen, est arrivé en colonne sur les lieux de l’inauguration pour ensuite prendre place près du monument.

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Les discours, en grande partie, ont été dits en français et en anglais avec un Jacques de Cartier d'Yves, en maître de cérémonie

DSC_0101.jpgDiscours de Luc Jadot, bourgmestre de Hamois

Pour Luc Jadot, «depuis 2014, la Belgique, comme d’autres pays d’Europe occidentale, connait une poussée commémorative où aspects historiques, mémoriels, éditoriaux relatifs au premier conflit mondial se cumulent. Tout cela ne doit pas nous faire oublier le devoir de mémoire que nous devons avoir envers les soldats, les combattants de l’ombre et les civils de la seconde guerre mondiale en rendant hommage à leur bravoure et à leur sacrifice. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu commémorer le 75e anniversaire de la chute d’un avion Halifax de la 102e escadrille du Bomber Command de la Royal Air Force ici, au lieu-dit Mars aux Frênes sur le territoire de la commune de Hamois. Après l’accident, la solidarité rurale va prendre tout son sens grâce au courage de Maurice Wilmet d’Asneux et du 1er maréchal-des-logis de gendarmerie Louis Massinon. Ils vont notamment cacher le sergent Larry Carr pour le soustraire aux recherches de l’occupant allemand et ensuite le remettre entre les mains du réseau Comète. Les autres rescapés auront moins de chance et seront capturés par la Geheim Feld Polizei et les soldats allemands. C’est là, que le réseau d’évasion appelé la ligne Comète, va se mobiliser pour permettre, grâce à Andrée de Jongh, le retour de Larry Carr par la France et l’Espagne dans sa mère patrie.

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DSC_0073.jpgJe voudrais rendre hommage à André de Jongh et aux 150 membres du réseau qui ont payé de leur vie cette formidable mobilisation. Cet hommage s’adresse à Maurice Wilmet et Louis Massinon pour leur bravoure. Le premier a dû se cacher le reste de la guerre pour se soustraire aux recherches allemandes et le second est mort malheureusement au camp de Gross-Rosen (Silésie) en février 1945, peu avant la libération du camp par l'Armée rouge. Je réitère mes remerciements aux familles des aviateurs Carr et Shoebridge pour leur participation. Je salue la présence de Brigitte d'Oultremont, la présidente et des membres de la ligne comète, qui perpétuent le souvenir de ce réseau qui a permis de sauver plus de 800 aviateurs alliés. Je voudrais remercie le ministre de la défense nationale et son représentant, le commandant Jean de Ghellinck pour le don de la pale d’hélice où sont gravés les noms des héros. Merci aux membres de la Royale Canadian Airforce. Les remerciements s’adressent aux portes drapeaux, aux enseignants et les enfants des écoles, aux membres du groupe de reconstitution RAF, aux musiciens, à la confrérie de la Gatte d’or et au service des travaux de la commune pour son aide logistique. La réussite de cette journée du souvenir, nous la devons aux membres de la Maison de la Mémoire et à son président Jacques de Cartier d’Yves. Merci à toutes et à tous pour votre présence à cette cérémonie. Que cette journée du souvenir puisse éduquer nos enfants, nos citoyens, pour les dissuader de se laisser entraîner dans les abysses de la déraison et de l’inhumanité.

 

DSC_0102.jpgHugo Van Bever, élève de 6e primaire de l'école communale de Hamois a ensuite lu une évocation de Tim, un petit garçon anglais, intitulée, "un vol sans retour immédiat..." dont le texte est largement inspiré du rapport de mission de la RAF de Larry Carr. Roger Martens, joueur de cornemuse, a ensuite interprété successivement, Cockney jocks, Battle of the Somme et Wings.

DSC_0108.jpgL’appel aux morts (en anglais et en français) a rappelé le souvenir des 3 aviateurs décédés le 28 avril

- Sergent, second opérateur-radio et mitrailleur, Iorwerth Edwards, mort au combat le 28 avril 1942 à Hamois

-Sergent, premier opérateur-radio et mitrailleur, James Garroway, mort au combat le 28 avril 1942 à Hamois

- Sergent, ingénieur de bord, Thomas Kenneth Robinson, mort au combat le 28 avril 1942 à Hamois

DSC_0107.jpgTim Carr, le fils de Larry Carr, a ensuite lu une partie d’un poème composé par Laurence Binyon " For the Fallen"

"They shall not grow old

As we that are left grow old

Age shall not weary them

Nor the year condemn

At the going down of the sun

And in the morning

We will remember them"

Et sa traduction « Pour les soldats tombés »

"Ils ne vieilliront pas

Comme nous

Qui leur avons survécu

Ils ne connaîtront jamais

L'outrage

Ni les poids des années

Quand viendra l'heure du crépuscule

Et celle de l'aurore

Nous nous souviendrons d'eux"

 

DSC_0103.jpgAprès un émouvant Amazing Grace interprété à la cornemuse, Luc Jadot, et Tim Carr, le fils du sergent aviateur Larry Carr qui pilotait le bombardier Halifax ont inauguré le monument rénové (la pale d'hélice de C-130 Hercules a été cédée pour un euro symbolique par le ministère de la Défense).

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Des fleurs ont ensuite été déposées au pied de ce monument : Luc Jadot, bourgmestre de Hamois, le colonel Breveté d'Etat-Major Bruno Smets, commandant militaire de la province de Namur, major Mark Wojtasiak, re- presenting the Royal Canadian Air Force, Gilian Shoebridge and Nick Carr, Michel de Norman et d'Audenhove, chairman RAF, Belgian branch, Brigitte d'Oultremont, présidente de l'association "Réseau Comète Line-Remembrance".

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Enfin, (les gosiers devenant de plus en plus secs !), le panneau historique explicatif, réalisé en collaboration avec la Maison de la Mémoire de Hamois a été dévoilé par Luc Jadot et Angela Shoebridg, fille du sergent navigateur Ronald Shoebridge. Il relate les circonstances de l'accident du bombardier Halifax de la Royal Air Force le 28 avril 1942 et le sort de ses membres d'équipage. Une partie du panneau évoque, en outre, l'historique du réseau d'évasion "Comète" et sa fondatrice, la comtesse Andrée, dite "Dédée" De Jongh.

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La partie académique s’est achevée par l’exécution des hymnes nationaux canadien, britannique et belge

 

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Rappel de l’histoire de l’avion qui s’écrasera le 28 avril 1942

DSC_0147.jpgLe 27 avril 1942 à 21h38, le bombardier lourd quadrimoteur Handley Page Halifax B. Mk II, immatriculé W 7653-DY-A, faisant partie de la 102ème escadrille du "Bomber Command" de la Royal Air Force, décolle de la base aérienne de Dalton (North Yorkshire) pour une mission     de bombardement sur Cologne en Allemagne. Lors du vol retour, le bombardier est attaqué par un Messerschmitt Bf 110 de la 7ème escadrille du 3ème groupe de la chasse de nuit allemande (7/NJG. 3), piloté par le lieutenant Reinhardt Eckardt qui avait décollé de la base aérienne de Saint-Trond. C'est le mitrailleur de queue du Halifax qui donne l'alerte, mais le chasseur allemand ouvre immédiatement le feu, provoquant un incendie dans l'appareil et tuant deux membres de l'équipage (un troisième sera tué lors de l'écrasement de l'avion. Les trois tués - et pas quatre, comme le mentionne erronément l'inscription du monument - sont : le sergent mitrailleur-premier opérateur radio James Garroway, le sergent mitrailleur-second opérateur radio Iorwerth Edwards et le sergent mécanicien de bord Thomas Kenneth Robinson. Enterrés dans un premier temps au cimetière de Gosselies, ils reposent aujourd'hui dans le cimetière militaire britannique d'Heverlee, près de Louvain). L'avion étant jugé perdu, le commandant de bord, le sergent-aviateur Lawrence "Larry" William Carr, qui effectue sa 14ème mission, ordonne de quitter l'avion et de sauter en parachute. Lui-même éprouve de grandes difficultés pour s'extraire de l'avion et parvient in-extremis à ouvrir son parachute à basse altitude peu avant de toucher le sol, à environ 1 km du point d'impact de l'avion.

Parmi les trois autres membres d'équipage qui ont réussi à sauter en parachute, le sergent navigateur Ronald Barry Shoebridge et le sergent aviateur (copilote) J. William Ralston sont pris en charge par des membres du réseau d'évasion Comète qui les conduiront, après leur avoir fourni des habits civils, de Hamois à Natoye, puis à Spontin pour arriver finalement à Bruxelles où ils reverront leur collègue Larry Carr. Déplacés de cache en cache, ils sont finalement arrêtés à Saint-Gilles (Bruxelles) par la police secrète militaire allemande, la GFP (Geheime Feld Polizei), suite à une dénonciation, et envoyés dans un camp de prisonniers en Pologne occupée (Lamsdorf - Lambinowice, puis Sagan - Zagan / Stalag Luft III, en Silésie). Le sergent mitrailleur G. H. "Dixie" Lee, blessé au pied, caché dans un bois, est fait prisonnier par les soldats allemands, suite à la dénonciation d'un rexiste, et est interné au camp de Barth/ Stalag Luft I, en Poméranie.

Le sergent aviateur Lawrence "Larry" William Carr, s'orientant à l'aide d'une boussole, prend la direction du sud après sa réception au sol et, vers 2 h du matin, il rencontre Maurice Wilmet et le 1er maréchal-des-logis de gendarmerie Louis Massinon, commandant la brigade de gendarmerie de Hamois, qui, après l'avoir identifié, lui demandent s'il veut rejoindre l'Angleterre, lui donnent des vêtements civils et le cachent. Caché la première nuit chez Maurice Wilmet à Asneux, il est conduit le lendemain à laferme de Bormenville. Deux jours après, il est amené à Ciney par Wilmet et Massinon afin de prendre le train pour Bruxelles. il est alors pris en charge par Fernande Pirlot, dite "Pochette", du réseau d'évasion "Comète". Arrivé à Bruxelles, il change régulièrement de cache et reçoit des faux papiers en vue de son exfiltration vers l'Espagne. Finalement, il rencontre Andrée De Jongh, "Dédée", qui va lui faire traverser la France et les Pyrénées pour l'amener en Espagne. C'est le 22 mai qu'il franchit la frontière franco-espagnole et arrive au vice-consulat britannique de San Sebastian. Emmené au consulat britannique à Bilbao puis à l'ambassade d'Angleterre à Madrid, il arrive à Gibraltar le 1er juin et embarque le 18 juin sur le porte-avions HMS "Argus". Cinq jours plus tard, il foule le sol de sa mère-patrie...

En cliquant, en haut, à droite, sur l'album intitulé " Monument aux aviateurs anglais et canadiens", vous découvrirez près de 80 photos prises samedi.

 

 

 

Commentaires

  • Désolée de ne pas avoir été au courant de cette cérémonie.

    Je m'en souviens très bien, ma maman m'avait fait confectionner (par Josée Delieu cousine de Robert) une robe avec un morceau de parachute! Une merveille, on aurait pu croire à de la soie blanche. Hamois étant un village mouvementé, c'est parfois difficile de connaitre et suivre toutes les manifestations :-)

  • L'histoire, c'est un récit que construisent ensemble ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui,. C'est aussi un pont qui relie les rives de deux générations...Hamois fait partie de ce communes, trop rares à mon goût, qui l'ont compris: nul meilleur antidote aux pires aventures populistes que de se souvenir, sans exclure les ennemis d'hier, des horreurs du passé! Longue vie à tous les habitants de la Maison de la mémoire de Hamois!

  • L'histoire, c'est un récit que construisent ensemble ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui,. C'est aussi un pont qui relie les rives de deux générations...Hamois fait partie de ce communes, trop rares à mon goût, qui l'ont compris: nul meilleur antidote aux pires aventures populistes que de se souvenir, sans exclure les ennemis d'hier, des horreurs du passé! Longue vie à tous les habitants de la Maison de la mémoire de Hamois!

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