Commémoration des 75 ans de l’institut de Schaltin et de la rafle d’août 44 ce week-end

 

DSC_0256.jpgFinalement, et heureusement pour les organisateurs, la pluie avait cessé de tomber sur le Condroz quelques heures avant la partie officielle de la commémoration du 75e anniversaire de la fondation de l’Institut de Schaltin et de la rafle des enfants juifs et des réfractaires au Service de Travail Obligatoire du 2 août 44. Le soleil était même de la partie et, malgré le froid présent, chacun a eu ainsi l’occasion de suivre des chants, des inaugurations de panneaux et des danses qui alternaient les très nombreux discours où André Boulvin, administrateur délégué de l’ASBL Foyers pour Jeunes et Adultes et Jacques de Cartier d’Yves, de la Maison de la Mémoire jouaient le rôle de présentateurs.

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André Boulvin a rappelé que dès le 1er avril 1943, le château de Schaltin accueillait des enfants dont la malnutrition mettait leur vie en danger, des enfants juifs qu’il fallait soustraire à l’occupant et des jeunes réfractaires au travail rendu obligatoire en 1942, en Belgique, puis en Allemagne. Parmi ces enfants juifs, il y avait Marcel Liebman, devenu professeur à l’ULB et son frère Léon qui s’en sortit, osons le dire, miraculeusement. Le régime y était assez strict : nourriture, repos, exercices physiques, cours pour combler le retard scolaire. Ce refuge était organisé par la JOC nationale sous la responsabilité du chanoine Cardijn et de Victor Michel, président de la JOC avec l’aide du père Cappart. Nous aurions dû fêter cet anniversaire il y a un an mais nous avons voulu y associer un événement bien plus douloureux, la rafle du 2 août 1944 qui est liée à cette initiative risquée de la JOC de résistance à l’occupant et de solidarité concrète vis-à-vis de jeunes démunis et en danger.

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Le professeur docteur Luc Michel, fils de Victor Michel, qui a réalisé un remarquable travail d’historien sur les archives de son père, a ensuite décrit les 3 drames de la Belgique occupée sous le titre « Schaltin et la JOC »

 

 

 

 

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Le premier intermède a permis de reconstituer (on s’y croyait !) la rafle du 2 août 44 avec deux véhicules militaires et des Allemands en tenue d’époque venus enlever des enfants et des adultes devant le château.

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Premier témoignage, lu par des élèves de l’institut, de Siegfried Glatt, habitant actuellement à Rio de Janeiro, âgé de 95 ans et qui a vécu la rafle.

Bonjour à tous. Quelle émotion de me retrouver en ces lieux. Je m’appelle Siegfried Glatt.  Je suis arrivé ici à Schaltin en janvier 1944. Je vivais à Bruxelles avec ma mère, mon père lui, était resté au Brésil.  C’est le Grand Rabin de Bruxelles qui m’avait envoyé ici.  Il m’avait expliqué qu’une association accueillait les enfants juifs comme moi afin de les cacher.  Plusieurs riverains s’étaient rassemblés afin de s’occuper de jeunes enfants à problèmes. Après un long trajet en train et puis à pied, je suis arrivé devant ce château.  J’avais 15 ans.

Quand je suis arrivé, on m’a donné une chambre et de quoi manger mais aussi une nouvelle identité.  Je suis devenu Freddy Vandamme.  Je vivais ici avec une soixantaine de jeunes comme moi dont une douzaine d’enfants juifs qui eux aussi devaient se cacher.  Je ne savais rien d’eux, ni leur identité réelle, ni leur histoire. C’était mieux ainsi.

La vie était plutôt calme ici.  Nous voyions de temps en temps passer des véhicules militaires et des soldats mais nous nous sentions en sécurité, à l’abri dans ce petit village tranquille, malgré la guerre qui faisait rage.

Le 2 aout 1944, les événements se sont enchainés à une telle vitesse que je sens encore les frissons me parcourir.  Plusieurs véhicules allemands ont débarqué.  Nous avions peur, c’était totalement inhabituel.  Je me souviens m’être dépêché d’aller enterrer les lettres de ma mère dans un fossé.  Ils venaient pour nous, les Juifs, c’était certain. Ne sachant que faire, j’ai attrapé un grand livre, je me suis installé sur la terrasse feignant de lire pour dissimuler mon inquiétude.  Dans l’empressement, je n’ai même pas remarqué que je tenais mon livre à l’ envers.  Chance pour moi, aucun des allemands présents n’avaient de connaissance de la langue française, ils m’ont pris pour un simple jeune littéraire. 

Malheureusement plusieurs de mes amis de l’époque n’ont pas eu cette chance.  Celui qui semblait être le chef a choisi un jeune qui parlait à la fois allemand et français afin de traduire ses dires.  Effectivement, ils venaient pour nous les juifs, afin de nous emmener vers un camp où nous serions mis au travail. D’après ses dires, c’était une chance pour nous. Nous n’étions pas dupes.  J’avais entendu parler de ces fameux camps de travail, mes deux frères y avaient été envoyés et n’en sont d’ailleurs jamais revenus.  Le soldat en chef a chargé son petit traducteur de choisir 7 de nos camarades.  Certains s’étaient cachés au deuxième étage dans leur chambre, sous leur lit, mais rien n’y a fait.  Après avoir fouillé tout le château de fond en comble, les soldats ont aligné les enfants dans le hall de ce même château afin que notre ami traducteur puisse faire son choix.  Nous voulions tous protester mais la peur au ventre nous savions qu’il n’en était rien, nous devions accepter notre sort et le leur. Encore aujourd’hui, ici dans ces lieux, je ressens cette peur.  Je me demande ce que sont devenus mes nouveaux amis de l’époque.  Ont-ils survécu ? Ont-ils pu s’échapper ? Ont- ils été libérés ?

Après leur départ, nous avons senti un vide en ces lieux mais nous devions continuer notre vie.  Nous avons repris nos activités et le calme est revenu jusqu’à quelques semaines plus tard, quand cette fois, ce sont des soldats américains qui sont venus nous délivrer de notre cachette.

Je suis resté à peu près un an, à loger ici dans ce château.  Une année parmi tant d’autres dans ma vie bien remplie.  Aujourd’hui je vis à des milliers de kilomètres d’ici, à Rio de Janeiro au Brésil, je me suis marié, j’ai moi-même eu des enfants, … Mais je garde beaucoup de souvenirs de cet endroit, ma chambre, l’odeur du pain, les colis alimentaires de la croix rouge, les bois où nous allions jouer, … Je n’oublierai jamais ce que l’abbé Dauvin et tant d’autres ont fait pour nous.  Je garde ce village dans mon cœur.  Je serai éternellement reconnaissant de m’avoir permis d’avoir une vie après la guerre...

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DSC_0297.jpgJacques de Cartier d’Yves a ensuite donné les chiffres du triste bilan de la rafle.

Il y a eu au total 54 enfants juifs et 4 femmes juives hébergés par la J.O.C à Schaltin. Les 4 femmes - Rose et Malka Grimpan, Sarah et Estera Lampert - étaient affectées à la cuisine, mêlées au personnel local.

Lors de la rafle du 2 août 1944, les personnes suivantes sont arrêtées :

-Lucien Defauw, alias Léon Lenglet, chef du home de Schaltin. Il est âgé de 22 ans. Il est incarcéré à Namur et ensuite interné  au camp de concentration de Buchenwald, puis  dans celui de Blankenburg. Il est rapatrié en juillet 1945 via la Suède.

-Henri André, réfractaire au Service du Travail Obligatoire - le S.T.O. Il est âgé de 22 ans. Il est incarcéré à Namur et ensuite interné au camp de concentration de Buchenwald, puis dans celui de Bergen-Belsen où il décède à la fin du mois d'avril 1945.

-Joseph Pesser, alias Joseph Legrand. Réfractaire au Service du Travail Obligatoire. Il est âgé de 22 ans. Il est incarcéré à Namur et ensuite interné au camp de concentration de Buchenwald, puis dans celui de Blankenburg. Il est rapatrié en juillet 1945 via la Suède.

-Jacob Gotlib, alias Lucien Barbier. Il est âgé de 17 ans.

-Samuel Freuman, alias Louis Leclercq, mort dans un camp d'extermination. Nous ne connaissons pas son âge.

-Léon Leiberg, alias Fernand Beeck. Il est âgé de 16 ans.

-Max Lampel, alias Marcel Laurent. Il est âgé de 18 ans.

Nous ignorons qui, des trois autres enfants juifs pris dans la rafle, est mort dans un camp d'extermination...

Valérie Caverenne, bourgmestre de Hamois en a profité pour remercier tout le monde de la parfaite organisation du week-end.

Deuxièmes et troisièmes témoignages lus par des élèves de l’institut d’Odile Henrion et de Madeleine Taviet de la région évoquant la vie durant la guerre et la résistance.

Voici d'abord le témoignage d'Odile:

Je m’appelle Odile Henrion.  J’habite depuis toujours à proximité d’Andenne, une petite ville située non loin d’ici.  Durant les 5 années de guerre, en tant que simple civil, notre seule perspective d’avenir était de tenter de vivre notre vie « simplement » et « normalement »… à quelques détails près évidement ! 

Je me souviens du bruit des avions dans le ciel et de la peur que les bombardements lointains engendraient dans nos esprits.  Parfois, totalement en panique, nous passions plusieurs heures réfugiés, serrés les uns contre les autres, dans notre petite cave, attendant désespérément que ces bruits cessent pour oser en sortir.  Très vite, dès le début de la guerre, je n’avais encore que 18 ans, nous avons dû héberger un soldat allemand.  C’était obligatoire ! Toute personne vivant dans une maison contenant plusieurs chambres, se voyait dans l’obligation d’accueillir « un bosh ».  Ce soldat, et tous les autres, me tétanisaient, je n’osais jamais le regarder, je baissais les yeux devant lui, devant eux.  Tous les Andennais avaient encore en mémoire les attaques de la première guerre mondiale, ce n’était pas si lointain dans le passé, nous avions conscience que cela pouvait arriver de nouveau et à n’importe quel moment.

Juste avant le début de la guerre, j’étais devenue une jeune femme, à l’époque on commençait à travailler plus jeune.  J’avais trouvé un emploi de femme de ménage.  Cela consistait principalement à faire du nettoyage, du repassage et du reprisage.  Quand les allemands ont franchi les portes de notre ville, les ouvriers et ouvrières comme moi ont vu leur labeur réquisitionné comme bien d’autres choses.  Ils nous prenaient tout, les affaires des infrastructures de la ville mais également nos affaires personnelles.  Très peu ont pu récupérer ces choses après la guerre.  C’est donc rapidement que je me suis retrouvée à travailler pour le compte des allemands.  C’était difficile, je travaillais de de 8h à 12h et de 15h à 19h.  Nous étions constamment sous surveillance.  En guise de salaire, nous recevions quelques tickets de rationnement, à peine plus que ce que l’on accordait à la majorité des citoyens.  Durant les 3 heures de la mi-journée où je ne travaillais pas, je faisais la file parfois pendant plusieurs heures, devant mon épicerie habituelle.  Les tickets de rationnement distribués par les soldats allemands me donnaient droit à de faibles quantités de nourriture.  Nous n’avions pas le choix.  Un jour c’était du pain, le lendemain, du lait, … il était rare que je remplisse mon panier de courses.  Heureusement, j’ai souvent réussi à aller à la maraude dans les vergers voisins, la saveur sucrée des fruits nous apportaient un peu de réconfort lorsque le soir nous nous retrouvions entre voisins pour faire une part de cartes.  Je n’ose imaginer ce qui me serait arrivée si un soldat m’avait prise sur le fait, ou s’il avait découvert que je participais au marché noir organisé « en stoum » un peu partout.

Toute notre vie était régie par le régime allemand.  Il nous dictait notre façon de vivre, de manger, de nous habiller, de travailler et même l’heure à laquelle nous devions nous coucher.  A 23 heures, tous les éclairages des maisons devaient être éteints et nous devions dormir.  Après mon travail, je m’occupais de ma maison, je devais lessiver nos vêtements pour le lendemain, même ceux-ci avaient été réquisitionnés.  Nous trouvions quand même le temps de nous divertir un peu avec quelques voisins. Nous discutions, jouions aux cartes ou écoutions la radio que nous avions dû évidement cacher.  C’est comme ça que j’ai pu rencontrer mon futur mari que j’ai épousé durant le temps de guerre en 1942, nous avons même mis au monde un merveilleux petit garçon en 1944.  Comme je le disais juste avant, nous avons tenté d’avoir une vie normale.

Le jour où nous avons entendu l’annonce de l’arrivée des Américains, nous n’osions y croire.  La guerre était terminée ! Enfin !

Je me souviens avoir repris gout à la vie, pris plaisir à sortir respirer l’air frais, en étant paisible.  J’ai continué ma vie, je suis restée femme d’ouvrage, j’ai d’ailleurs apprécié davantage mon travail en le faisant pour des employeurs du coin. »

Et ensuite celui de Madeleine:

Je m’appelle Madeleine Tasset. J’ai aujourd’hui 92 ans, je vis en Italie.  J’ai des enfants, petits-enfants et même arrière-petits-enfants, ma vie semble se terminer tel un conte de fée.  Toutefois, c’est un cadeau bien mérité je pense, après toutes ces années de guerre et des loyaux services que j’ai rendus à la population contre les soldats allemands.

Au début des années 40, j’avais à peine 13 ans. Je dois bien l’avouer la politique et les conflits internationaux étaient loin d’être au centre de mes préoccupations, j’étais jeune et insouciante.  Je me rendais compte que notre vie était impactée, différente, mais je n’avais pas conscience de la gravité des événements.  Je me rappelle que nous avons dû accueillir un soldat allemand dans notre maison, il dormait dans la chambre d’amis.  Je savais qu’il s’agissait d’un méchant homme.  Mais je ne comprenais pas vraiment pourquoi, cela ne m’intéressait pas vraiment.

A l’époque, j’allais encore à l’école.  Mais déjà, cela m’insupportait, je n’étais pas vraiment une élève assidue, j’étais plus habituée à porter le bonnet d’âne ! Un jour, j’ai constaté qu’un de mes camarades s’absentait de plus en plus souvent, j’étais envieuse.  Peu importe quelle en était la raison, si je pouvais moi aussi faire l’école buissonnière, j’étais preneuse. C’est comme ça que j’ai découvert qu’il existait une armée secrète qui faisait de la résistance.  Tout d’un coup, les conflits et la politique sont devenus plus importants à mes yeux. J’étais à l’aube de mes 15 ans, je n’étais pas majeure. Chance pour moi, le père de mon ami travaillait pour l’administration communale.  Il a accepté de falsifier ma carte d’identité pour que j’ai 18 ans et donc l’autorisation de m’engager dans l’armée secrète.  Au tout début, il s’agissait plus d’un jeu pour moi.  Je me souviens avoir imité la signature de mon père un nombre incalculable de fois afin de me faire moi-même des mots d’excuses pour l’école et ainsi aller vite retrouver mes collègues de l’armée secrète, casernés à l’hospice de Coutisse, petit village au-dessus d’Andenne.  Même si au départ je me suis engagée pour des raisons plutôt futiles, j’ai très vite compris l’importance des missions qui nous étaient confiées.

Au fil des années, les choses simples de la vie étaient devenues de plus en plus pénibles.  Même notre nourriture était réquisitionnée.  Quand le camion de ravitaillement arrivait dans notre petit magasin de village, les allemands étaient déjà passés se servir.  Grâce aux timbres de rationnement que nous donnaient les soldats, tels des aumônes, nous nous partagions les restes, parfois de la farine, ou du sucre, … Les soldats parcouraient les rues à la recherche d’objets qui pouvaient leur servir.  Tout leur était dû, ce qu’ils voulaient, ils le prenaient.  Leurs agissements me dégoutaient.  Au point que je changeais de trottoir quand je les croisais dans la rue.  J’ai pris mon rôle dans la résistance beaucoup plus à cœur au fil du temps.  Tout ce qui pouvait emmerdé les « Boches » étaient bon à faire ! On m’avait confié une arme, un « Sten 9mm ».  Cela m’aidait à me sentir plus forte.  Nous étions nombreux dans l’armée secrète.  Evidement nous utilisions des surnoms, nous ne pouvions connaitre trop d’informations sur nos camarades, au cas où nous serions pris aux mains des allemands qui tenteraient de démanteler notre organisation.  Ensemble, nous avons accompli des missions en tout genre durant toute ces années de tension afin de ralentir un maximum les actions allemandes. 

Un jour, nous avons entendu parler de chars américains traversant la petite ville d’Andenne.  On nous avait appris lors d’une de nos missions, que nous ne pouvions nous fier qu’à nous-mêmes.  Les allemands étaient assez vicieux que pour tenter de nous faire sortir de notre cachette, de nous piéger.  Avec une collègue, nous sommes donc descendues en vélo pour vérifier ces dires.  Quel soulagement ce fut de constater que oui, la guerre prenait fin, les américains venaient nous libérer.  Durant les 8 mois qui ont suivi, j’ai continué à travailler avec eux comme secrétaire avant de pouvoir reprendre le court de ma vie.

Je ne regrette aucun de mes actes.  J’ai compris bien tard la gravité de ces conflits mais j’ai agi pour mes compatriotes, et pour la paix.  La vie m’en a bien remercié.  Je suis aujourd’hui sereine, heureuse et j’aime raconter à mes arrière-petits-enfants quelle aventurière a été leur grand-mère.

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La chanson « Nuit et brouillard » de Jean Ferrat a ensuite été interprétée par des élèves de l’’école communale voisine de Schaltin.

Citations de Simon Gronowski:

Simon Gronowski est un jeune garçon de onze ans et demi qui faisait partie du 20ème convoi qui quitte Malines le soir du 19 avril 1943 à destination d'Auschwitz-Birkenau. La résistance belge ayant attaqué et réussi à faire stopper le train entre Boortmeerbeek (près de Malines) et Haacht. Cinquante kilomètres plus loin, alors que le train roule, il saute de son wagon, poussé par sa mère, et échappe ainsi à une mort certaine...

- La seule faute de mes parents était d'être nés Juifs - Mourir pour être né.

- Tu vois, Simon, il y a du soleil aujourd'hui, mais ce n'est pas pour nous.

- J'ai vu pourtant des choses qu'un enfant ne devrait pas voir.

- Quand on veut tuer un peuple, il faut d'abord tuer les enfants.

- Je quittai cette caserne de malheur pour me retrouver entre deux haies de soldats casqués et en armes.... Un peu à gauche, il y avait un wagon béant, tout noir, qui me semblait immense.

- J'ai voulu vivre pour le présent et l'avenir, pour l'optimisme, la joie et l'amitié.

Je jetai un coup d'oeil vers mon père. Comme il avait changé ! ...

La nuit avait complètement passé... Tant d'évènements étaient arrivés en quelques heures et j'avais complètement perdu la notion du temps. Quand avions-nous quitté nos maisons ? Et le ghetto ? Et le train ? Une semaine seulement ? Une nuit - une seule nuit ?

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Après un hommage à Lucien Defauw, le principal responsable du centre de Schaltin, âgé de 22 ans en août 1944, un panneau historique et la plaque du 75e anniversaire de la rafle ont été dévoilés en présence de ses enfants et petits-enfants.

Sur place, Lucien était soutenu par le Père Cappart, ses faux papiers mentionnant le nom de Léon Lenglez. Après la rafle du 2 août 44, il est emmené avec 2 autres responsables de la JOC. Le Père Cappart a écrit, que malgré les interrogatoires serrés, les 3 jocistes n’ont pas dit qu’il restait beaucoup d’autres enfants juifs dans la maison ! Ils ont d’abord été rassemblés à la prison de Namur puis transférés en train à Buchenwald, on lui attribue le matricule 75.500. Après quelques semaines, 500 prisonniers politiques dont Lucien sont envoyés à Dora-Blankenburg. Ils logent sous tente et doivent construire des blocs, charrier des brouettes à longueur de journée, sous la surveillance de soldats qui fument, qui rient et frappent pour tout et pour rien. Il dit : nous ne sommes plus des hommes ! Un jour, c’est le départ en colonnes encadrées par des soldats qui exécutent ceux qui ne savent pas suivre pendant cette marche forcée de 80 km jusque Magdebourg, puis, en péniches, descente de l’Elbe jusqu’à Lubeck. Ils arrivent en Suède en mai 45 et à Namur en juillet 45. Ses 2 compagnons ont subi un sort différent : Joseph Pesser est aussi rapatrié mais Henri André est décédé dans le camp de Bergen-Belsen. Après cette année de terribles épreuves, Lucien se marie et le couple s’installe à Ciney. Il est engagé par l’EPC dont il deviendra le secrétaire général. Malgré ce qu’il a subi pendant la guerre, Lucien est resté un homme ouvert, dévoué, convivial et fraternel.

DSC_0328.jpgBernard Devos, délégué général aux droits des enfants a ensuite fait le parallèle entre son travail et ce qui est fait, depuis le début, à l’Institut de Schaltin, notamment la capacité de résistance face au nazisme : « je suis inquiet de la résurgence des idées racistes et xénophobes ! »

Pascal Henry, représentant des pouvoirs organisateurs a remercié tous les intervenants et présenté l’institut de Schaltin qui regroupe actuellement 4 associations :

  • La décentralisation d’enseignement primaire spécialisé du Centre Scolaire Claire d’Assisse est présente sur le site depuis le 1er septembre 2004 et accueille 29 élèves (dont 13 du SRJ) de type 3 (troubles du comportement et/ou de la personnalité)
  • L’école Professionnelle Secondaire Inférieure Spécialisé de et à Schaltin accueille 86 élèves (dont 39 du SRJ) de type 1 (retard mental léger) et 3 dont les finalités qualificatives de gros œuvre, mécanique automobile et cuisine de collectivité
  • L’ASBL Foyers pour Jeunes et Adultes est composée de 2 départements, jeunes et adultes agréés et subventionnés par l’AVIQ. Le département jeunes comprend le Service Résidentiel de Schaltin qui accueille 73 jeunes en grandes difficultés et en souffrance. Le département adultes prend en charge 71 personnes en situation de handicap : 37 en Service de Logements Supervisés et 34 en service d’accueil de jour, à Ciney, Frisée et Hamois.
  • L’ASBL Partenaires des Jeunes de Schaltin a pour objectif de soutenir les 3 ASBL et ainsi de développer leurs sites d’activités et leurs infrastructures dans l’esprit avec lequel elles ont été créées afin de leur permettre d’être au service des jeunes et des adultes en difficulté ou en situation de handicap.

DSC_0329.jpgC’est donc 259 situations que les associations de l’Institut de Schaltin accompagnent. Nos équipes comptent 152 travailleurs/euses pour 122 ETP, ce qui fait que nous sommes, sur la commune d’Hamois, le 1er employeur privé ! Nous assurons bien sûr un rôle social de proximité et nos emplois ne sont pas délocalisables. Nous revendiquons donc légitimement un rôle d’acteur économique important dans la région !

L’Institut de Schaltin fête ses 75 ans : des racines et des ailes !

Nos racines d’abord : le professeur docteur Luc Michel a situé le contexte, c’est en 1943, alors que la Belgique est vidée par l’occupant envahisseur de tout ce qui fait sa richesse, la population manque de tout, la misère est grande, la nourriture se fait rare, de très nombreux enfants et ados anémiés par les restrictions du ravitaillement sont en situation de sous-alimentation. Ceux qui vivent dans leur proximité se rendent compte de la gravité de la situation, ils s’organisent et des initiatives voient le jour. Le Père Cappart et ses amis de la JOC sont de ceux-là. Ils décident de créer 2 foyers : celui de Schaltin sous la responsabilité de Lucien Defaux ouvre ses portes le 1er avril 43 et accueille des enfants souffrant d’un déficit alimentaire chronique. Très vite, une autre catégorie d’enfants en danger rejoint Schaltin, les enfants juifs qu’il faut soustraire à l’occupant ! La JOC offre aussi, par la distribution de fausses cartes d’identité, cartes de travail, cartes de légitimation, feuilles de timbres de ravitaillement, distribution de repas, une aide clandestine aux réfractaires au Service de Travail Obligatoire. Elle organise également l’hébergement des réfractaires des les cures. C’est ainsi que se côtoient à Schaltin, des enfants anémiés, des enfants juifs et des adultes réfractaires au STO !

Les suites de la guerre s’estompent lentement mais, si les santés s’affermissent, d’autres misères réclament une attention particulière : beaucoup de garçons délaissés ou mal aimés par leurs parents doivent retrouver un foyer où ils peuvent, dans un cadre sécurisant, épanouissant, poursuivre leurs études et apprendre un métier. En 1948, l’offre d’enseignement s’élargit au niveau primaire avant d’acquérir, grâce à un généreux mécène, la propriété en 1954. Ils sont accueillis dans 5 sections dirigées par un chef éducateur qui partage leur vie en dehors des heures de classe et d’atelier et qui met tout en œuvre pour donner à la section une ambiance familiale. En fonction des décisions, possibilités et opportunités, diverses adaptations rythment la vie des associations. En 1955, l’école se transforme en école professionnelle et organise des formations pour les métiers du cuit, de la mécanique et de la menuiserie. Elle devient, fin des années 50, le seul enseignement dispensé. Suite à la loi du 6 juin 1970, elle devient un établissement d’enseignement inférieur spécialisé.

En 77, le home devient un I.M.P. et en 97, le Service Résidentiel pour Jeunes de Schaltin. Il accueille 79 garçons de 6 à 18 ans atteints de troubles caractériels présentant un état névrotique ou prépsychotique et nécessitant une éducation appropriée. En 2002, l’association élargit son offre à des jeunes bénéficiaires français et crée le Service de Logements Supervisés «Mon projet » situé à Ciney ainsi que le Service d’Accueil de Jour pour adultes Solignac situé dan les anciens bâtiments de l’ASBL La Bergerie à Frisée qui accueille des adultes porteurs de handicaps. En souffrance d’offre d’enseignement primaire spécialisé depuis la fin des années 50, l’Institut de Schaltin accueille le 1erseptembre 2004, une décentralisation du Centre Scolaire Claire d’Assisse de Bouge.

Après les racines, l’Institut déploie ses ailes !

Toujours avec la même volonté de « il faut faire quelques chose », nous avons été à l’écoute des besoins des enfants, des ados, des jeunes adultes et des adultes de la région. Pour accompagner l’évolution des besoins sociétaux, les pouvoirs organisateurs ont adopté, en 2006 et mis en place un plan stratégique ambitieux qui nécessite une collaboration de tous les instants entre les différents services résidentiels et les établissements scolaires. Il a pour objectif l’adaptation, le développement, l’amélioration de la qualité et la diversification de nos offres qui se décline en 4 grands projets :

  • L’accompagnement d’une dizaine de jeunes et jeunes adultes de 16 à 25 ans qui ont déjà été accueillis en Service Résidentiel et qui souhaitent rejoindre un milieu de vie avec davantage d’autonomie
  • En Service d’Accueil de Jour, la prise en charge supplémentaire de 8 personnes adultes porteuses de handicap intellectuel, physique et de grande dépendance
  • Pour réponde aux besoins de personnes en situation de handicap désirant être accompagnées dans un milieu de vie plus autonome et plus incisif, nous avons augmenté la capacité d’accueil de notre Service de Logements Supervisés de 15 à 37 bénéficiaires.
  • Nous sommes en plein travaux pour agrandir et transformer notre propriété Pleins Champs située à Porcheresse qui, dès le 1er septembre 2020, accueillera 20 jeunes dont 12 en résidentiel atteints du spectre de l’autisme en capacité d’apprentissage.

C’est avec grand intérêt que nos associations ont pris connaissance des objectifs des déclarations politiques du nouveau Gouvernement Wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui confirment leur volonté d’encourager les alternatives d’accueil et d’hébergement car, nous nous efforçons de continuer sur la voie de notre histoire en répondant de manière adaptée aux besoins des plus faibles et des opprimés : les ados anémiés, les juifs, les résistants de la JOC, les élèves de l’enseignement spécialisé, les jeunes en grande souffrance et les adultes porteurs de déficience. Je vous remercie de partager nos racines et nos ailes !

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Avant l’inauguration des panneaux « les châteaux de Schaltin et l’Institut », « les 3 drames de la Belgique occupée » et la plaque du 75e anniversaire, quelques minutes de rock avec la musique de Glenn Miller (in the mood) et des élèves et profs de l’EPSIS ont permis de se replonger 75 ans en arrière.

Une soixantaine de personnes ont eu le plaisir de partager, en soirée, dans le restaurant du château de Valensart un délicieux repas concocté par l'équipe de la cuisine de l'école et servi par les membres du personnel de l'école.

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Le dimanche, le moment le plus important pour les habitants de Schaltin, Frisée et Champion (et de beaucoup de curieux) a été de pouvoir admirer le défilé de près d'une vingtaine de véhicules historiques au départ des camps de base de l'école et de pouvoir les regarder de près !

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Pour voir 170 photos que j’ai prises durant le week-end, 120 pendant la partie officielle le vendredi, 16 pendant le repas au château de Valensart vendredi soir et 34 durant le défilé de la libération du samedi, cliquez sur https://ciney.blogs.sudinfo.be/album/75-ans-institut-schaltin/

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