Un 11 novembre perturbé par le marché de la place Monseu et le froid à Ciney

DSC_0152.jpgDe mémoire de Cinaciens, en tout cas depuis au moins plus de 30 ans, le premier marché mensuel (deuxième lundi du mois) n’a jamais coïncidé avec la commémoration de l’Armistice devant le monument aux morts situé devant la Collégiale. Ce qui explique que beaucoup de personnes ont été fort surprises de se retrouver devant une baraque à frites ou un stand de vêtements pendant la cérémonie commémorative.

DSC_0158.jpgC’est devant un public plus clairsemé que d’habitude (le froid de canard et les problèmes de parkings autour du marché de la place Monseu n’ayant rien arrangé !), que Frédéric Deville, donna son premier discours du 11 novembre en tant que bourgmestre :

Le 11 novembre 1918 à 11h du matin, il y a 101 ans, dans toute la Belgique, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné. C’était l’Armistice ! 10 millions de morts, 8 millions d’invalides et des millions de victimes à travers le monde : la guerre s’était en effet exportée non seulement en Europe mais aussi partout où il y avait des colonies allemandes. En France, 1,3 million de morts, en Belgique, pas moins de 100.000 morts, 100.000 de trop ! Pourquoi aussi peu ! Parce qu’il faut se rappeler que, contrairement à la France qui était presqu’entièrement une zone de combats, la Belgique était un pays occupé par les Allemandes où relativement peu de combats se livraient, excepté dans la région de l’Yser. Comme dans le reste du pays, la ville de Ciney n’a pas été épargnée : nombreuses déportations en Allemagne, nombreuses destructions opérées par les Allemands par ceux qu’on appelait les Uhlans, manque de nourriture et de biens de première nécessité, maisons réquisitionnées et vols de bétail. Nos concitoyens se sont distingués en venant nombreux en aide aux soldats et réfugiés français qui fuyaient la France en raison des nombreuses batailles qui s’y déroulaient. De nombreux soldats belges sont faits prisonniers pendant les premiers mois du conflit, avant l’occupation et déporté en Allemagne et en Hollande. Nombreux aussi sont nos concitoyens qui participèrent à des actes de sabotage. Et, pour nos soldats, ce furent 4 longues années de terribles souffrances dans les tranchées : l’horreur, la boue, la peur, les poux et même les rats formaient leur quotidien. Pour les civils restés dans les villes et villages, la vie n’était pas moins pénible. Un ravitaillement fut rapidement organisé, la nourriture manquait, suite à l’occupation, aux réquisitions et au manque de main d’œuvre. Une soupe populaire fut organisée dans bien des communes et, surtout, les Ersatz firent leur apparition : des rutabagas au lieu de navets, la margarine à la place du beurre, de la chicorée au lieu du café, … Les prix augmentèrent, accentuant encore les pénuries et les privations. Des épidémies se déclarèrent : la diphtérie, la tuberculose et la grippe espagnole qui fit plus de 30 millions de morts dans le monde. 4 années effroyables avant que l’Armistice signé le 11 novembre 1918 marque la fin des combats et la défaite de l’Allemagne. Le chroniquer cinacien de l’époque en parle de la manière suivante : « ils s’en allaient, les Allemands maudits, et la musique du régiment fermait la marche, jouant en passant dans les villages ses airs plaintifs accompagnés par des tambours bruyants. En entendant ces adieux touchants des Bohémiens en retraite, les villages étaient en fête, les Alliés allaient bientôt paraître. Les drapeaux claquaient partout. »

DSC_0159.jpgAu sein d’une bonne partie de la population cependant, un sentiment se propagea, celui de la nécessité d’oublier les horreurs de la guerre, … C’est ainsi que l’on parla des années folles ! En même temps, se répandait un autre sentiment, celui de se souvenir de ce qui s’était passé, de ne pas oublier. A partir de ce moment, les manifestations patriotiques se sont multipliées en l’honneur des soldats et des déportés. Et la ville de Ciney s’est inscrit dans ce mouvement. Des monuments sont érigés aux 4 coins de la commune pour honorer la mémoire de nos concitoyens morts pendant la guerre, même si certains sont inhumés dans un cimetière militaire. Gardons-nous d’oublier ! C’est le mot d’ordre de l’époque qui est toujours d’actualité.

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Je ne résiste par à l’envie de vous rappeler le message qu’Emmanuel Macron livra à la population à l’occasion du 11 novembre 2018 : « Souvenons-nous, ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme, le nationalisme en est la trahison. En disant nos intérêts d’abord et qu’importent les autres, on gomme ce qu’une nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important, ses valeurs morales. Ce sont ces valeurs et ces vertus qui ont soutenu ceux que nous honorons aujourd’hui, ceux qui se sont sacrifiés dans les combats où la nation et la démocratie les avaient engagés. Ce sont ces valeurs, ce sont ces vertus qui firent leur force parce qu’elles guidaient leur cœur. La leçon de la Grande Guerre ne peut être celle de la rancœur, d’un peuple contre d’autres, pas plus que celle de l’oubli du passé. Dés 1918, nos prédécesseurs ont tenté de bâtir la paix, ils ont imaginé les premières coopérations internationales, ils ont démantelé les empires, reconnu nombre de nations et redessiné nos frontières. Ils ont rêvé alors d’une Europe politique. »

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Cette Europe politique, 101 ans plus tard, nous la connaissons. Puisse-t-elle être le gage d’une paix à jamais retrouvée. Merci aux représentants des associations patriotiques pour leur participation aux porte-drapeaux pour leur fidélité et à vous tous et toutes pour votre présence et votre attention.

Pour voir les 10 photos que j’ai prises (dans le froid) au début de la cérémonie, il suffit de cliquer sur https://ciney.blogs.sudinfo.be/album/11-nov-19-ciney/

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